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78 Un être illuminé n’a pas d’identité.

Pour tous ceux et celles qui n’ont pas eu la chance d’assister au Cabaret Mystique extrait de la conférence d’Alexandro JODOROWSKY du 14 septembre 2007

Dans la symbologie il y a deux concepts importants : l’or qui est symbole solaire, masculin de la lumière spirituelle. L’autre concept c’est l’âme et on pourrait dire que c’est un principe féminin accueillant. On va se prendre par les petits doigts et les hommes vont dire « âme » et les femmes vont dire le principe masculin « or » tous en même temps. (toute l’assistance le fait) Voyez-vous quand vous faites âme/or vous dites « amor » et en espagnol cela veut dire « amour » et maintenant que vous êtes conscients de ce que cela veut dire on va le refaire tous ensemble. Et vraiment, pour finir, ceux qui ont fait « âme » font « or » et ceux qui ont fait « or » font « âme ».

C’était beaucoup plus beau donc il faut faire le contraire de ce que l’on croit que l’on est.

J’ai noté des petites histoires et j’expliquerai pourquoi je les raconte.

La première histoire :

L’obscurité arrive devant Dieu et lui dit : la lumière me poursuit, me fait du mal, je me plains. Dieu dit alors : on va appeler la lumière pour qu’elle s’explique.
Quand la lumière arrive, l’obscurité disparaît.

La deuxième histoire :

Il y a un grand maître Zen qui est en train de mourir, un sage, en sainteté. Alors les disciples lui disent
- Maître, dites-nous votre dernière phrase !
et le Maître dit : « je ne veux pas mourir , je ne veux pas mourir !! »

La troisième histoire :

C’est un endroit où il y a des arbres fruitiers et tout le monde mange les fruits. Alors les arbres ne peuvent pas se reproduire et cela devient désertique. Arrive un roi qui dit : « on va interdire de manger les fruits ». Alors les arbres poussent, mais comme personne ne mange les fruits, ils pourrissent.

Enfin une dernière histoire :

Dans une église, il y a un choeur de personnes qui chantent et un ouvrier se met à frapper avec un marteau pour faire son travail. Alors le curé fait taire le choeur et l’ouvrier dit
- « non, non, non, ne vous arrêtez pas, vous ne me dérangez pas »

Dans la première histoire, l’obscurité qui se plaint, disparaît quand la lumière arrive, on peut voir ce qu’on dit d’énigmatique dans la méditation. « si tu me cherches tu ne me trouves pas et si tu ne me cherches pas, tu me trouves » Nous au fond, selon notre éducation familiale, sociale et culturelle nous nous sentons incomplet. Quelque part on se vit dans une prison. Mais le cerveau est infini, on a des millions et des millions de neurones qui ne sont pas utilisés. Cette union des neurones forment notre individualité et c’est illimité et nous n’utilisons seulement 20%, tout le reste est inexploré. Alors quand on fait des réunions, que vous faites une psychanalyse, que vous suivez un Maître, que vous étudiez etc. c’est comme une conquête des régions inconnues du cerveau. On part à la conquête. Quand j’ai commencé avec le TAROT je n’avais aucune intuition, j’étais enfermé en moi-même, comme l’ouvrier qui tape avec son marteau et croit que le monde dépend de lui et ne voit pas qu’il dérange, qu’il soit dans une église où on est en train de prier. Mais les personnes qui se cherchent doivent partir à la conquête des régions inconnues de leur cerveau. Peu à peu les neurones commencent à s’unir avec les autres et le cerveau peu à peu commence lentement à faire une petite expansion vers l’univers. Mais on a peur car l’éducation que l’on a reçue, même si on adore sa famille, cela nous limite car la famille, sauf si elle se met à faire la conquête de l’esprit, répète le passé, a tendance à se reproduire. Donc elle nous met dans des limites, comme la société et c’est un héritage plein d’inertie.

On ne se rend pas compte, par exemple, que l’on reçoit un nom qui est toujours masculin, c’est la continuation du nom du Père et même si maintenant les femmes ont le droit de donner leur nom aux enfants, c’est le nom de leur Père. Les noms sont absolument dans le système patriarcal. Et souvent des prénoms masculins sont devenus des noms propres. Nous sommes tous avec l’empreinte du patriarcat. Il faut s’en rendre compte. Cela peut donner lieu à des drames, comme ces femmes qui s’arrangent pour avoir un enfant avec un homme qui part, qui divorce ou qui ne reconnaît pas l’enfant et l’enfant va recevoir le nom du Père de cette femme. Elle réalise ainsi l’inceste inconscient de faire un enfant avec son Papa. Donc l’enfant qui naît est l’enfant parfait car c’est l’enfant de la fille et du Père, comme l’enfant de la Vierge Marie. Et c’est aussi pourquoi il y a tant et tant de femmes qui souffrent car on attendait un garçon et pas une fille. Elle va se masculiniser pour satisfaire le désir du Père, et ce sera difficile pour elle de se reproduire etc. avec tous ces drames qui découlent de tout cela. On devrait inventer des noms et des prénoms et ne pas donner ceux portés par quelqu’un de la famille si on souhaite une autre civilisation. Il faudra changer tout cela. Comment, je ne sais pas.

Mais il n’y a rien de plus limitant que d’avoir une nationalité et, un passeport. Un être illuminé n’a pas de nationalité, il ne se voit pas comme un français, ni comme un italien, ni comme un vietnamien, ni comme un russe, ni comme un juif ou comme un arabe. Il se voit comme une être essentiel qui a toutes les nationalités et tous les langages. Après on est homme ou on est femme : vive la pensée féministe disent les féministes, vive la pensée homosexuelle disent les homosexuels, mais un être humain vénère les femmes, vénère les hommes, les homosexuels, les cigognes et les tortues. Mais beaucoup de personnes que je vois au café où je lis les Tarots s’identifient à un identité et j’essaie de leur dire « ça ce n’est pas toi, c’est une illusion pour laquelle tu es en train de souffrir. Si ton mari viens de te quitter, quelle merveille ! enfin tu sais qu’il ne t’aimait pas ! » ou bien « pourquoi tu souffres tellement d’angoisse pour ta situation économique, alors que tu me dis que tu as ce qu’il te faut ! Jette ton angoisse ! »

Il faudrait que tu te donnes un nom secret, sinon tu n’es pas un magicien. Tous les magiciens ont un nom secret qu’ils ne disent à personne. Ils se sont nommés eux-mêmes.Tous les noms que quelqu’un te donne sont néfastes, ton vrai nom tu dois te le donner toi-même et là tu es libre. Tu ne le dis à personne. Sinon tu n’es pas en train de faire ton oeuvre.

Quand on ne se définit pas et qu’on se voit comme un être, on commence à voir l’être dans l’autre. On se vit comme un être dans le travail sacré, mais tout cela est interdit. Par exemple l’âge est une imposition sociale. Moi qui vieillit je peux vous le dire : chaque jour mon esprit éclate plus, chaque jour je sais plus et la vieillesse pour moi, à part qu’elle pourrit le miroir qui devient de mauvaise qualité, on provoque la maladie du miroir, ne me fait pas me définir par mon âge. Un jeune stupide deviendra un vieux stupide s’il ne travaille pas sur lui. La retraite c’est la guillotine française. Cela n’existe pas arrêter. On est comme l’univers, en expansion. Mais l’esprit n’a pas d’âge, la lumière n’a pas d’âge. Elle n’a pas de nom, de définition sexuelle, n’a pas de nationalité, parle tous les langages. On est limité quand on s’auto-définit. C’est comme l’obscurité : on a peur d’être ce que l’on est et on s’attache à des choses qui nous empêchent de nous éclater. Parce qu’on croit que sans attaches on ne peut pas vivre. En réalité on ne devrait pas s’attacher, mais coexister. Les attaches sont illusoires : quand on est attaché on a peur de perdre l’attache et on souffre. Quand on veut s’attacher et qu’on n’y arrive pas, on souffre, et quand on est attaché on n’a plus de liberté, on étouffe et on souffre.

Deuxième histoire :
« je ne veux pas mourir ! » : cela veut dire que ce n’est pas lui, ce Maître Zen qui ne veut pas mourir. Lui c’est un être de conscience qui observe son corps. Il est simplement en train de traduire son corps qui dit « je ne veux pas mourir, je ne veux pas vieillir. » Mon intellect dit « je ne veux pas dégénérer, mon coeur dit je ne veux pas vivre en solitaire, mon sexe dit qu’il ne veut pas devenir impuissant. » Ce sont ses parties qui le disent, mais ce n’est pas le Maître. Ce sont 4 ego différents auxquels on s’identifie. Mais il faut accepter qu’on est limité et c’est cela la méditation. La magie existe là où on fixe son attention sans s’identifier à soi-même, sans vouloir obtenir quelque chose, ni devenir un Maître, ni être admiré. Mais on médite pour être ce que l’on est et là tu marches avec le monde. Il s’agit de fixer l’attention sur cette chose immensément mystérieuse dans ce terrain inconquis qui est soi-même.On laisse venir sa lumière, ce qu’on est.

Troisième histoire :
les fruits de l’arbre. C’est très simple : une vérité est seulement utile pour un moment donné, mais ce n’est pas pour toujours. Pendant un certain temps, ne mangez pas les fruits, puis vous pourrez les manger. Cela veut dire que les idées sont dites à une certaine date et dans un lieu donné. Par exemple, la famille dit des vérités mais elles sont périmées, donc pas utiles.

Il y a beaucoup d’école qui ont appliqué la Psychogénéalogie, comme le docteur Hammer, un peu fou. Il dit que notre cerveau agit comme un animal et le problème essentIel pour notre cerveau c’est fixer un territoire. Par exemple un homme qui perd sa maîtresse, perd son territoire et se fait un cancer aux testicules. C’est une médecine intéressante pour des gens limités. Moi, je ne perds jamais mon territoire, car je n’ai pas de territoire, le monde c’est mon territoire. Quand on dit qu’on n’a pas de territoire c’est qu’on se limite, on croit que le territoire c’est un morceau du monde. A ce moment là il y a des maladies, des angoisses de territoire. Où est-ce que je vais fixer ma racine ? Ma patrie ce sont mes chaussures. C’est toi la racine, c’est une racine qui voyage, qui fait son succès où tu veux parce que l’univers c’est ton territoire. Donc cette médecine c’est seulement pour les personnes limitées. Mais ce n’est pas une vérité, c’est quelque chose d’utile pour un moment. Quoi faire pour être en santé ? Élargir son concept de territoire. On nous a élevé dans un espace limité. Bouddha a éclaté sa notion de l’espace et a éclaté sa notion du Temps. C’est dans le monde que se fait la méditation, pas hors du monde. Hors du monde ce sont des illusions. Si tu fixes ton attention tu médites n’importe où. C’est pourquoi je lis les Tarots dans un bar où il y a des ivrognes, des fumeurs, il y a du bruit, la télé. Je ne m’en vais pas à un temple pour lire les Tarots. Si je suis le centre de mon monde, rien n’est trop vaste, je suis partout. J’ai fait imprimé des petits livres et cela me coûte 1000 euros et au café je fais cadeau d’un livre en plus de lire les Tarots gratis. Je suis en train d’investir, je sème. Il faut apprendre à donner.

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