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83 Corps reel- corps imaginaire

Pour tous ceux et celles qui n’ont pas eu la chance d’assister au Cabaret Mystique extrait de la conférence d’Alexandro JODOROWSKY du 18 septembre 1998

C’est un thème qui peut changer notre vie

Une petite histoire : Un poète était assis devant la porte de sa maison, penché sur un pot en argile, un soufi passant par là lui demande : "Qu’est-ce ce que tu fais là ?" Le poète répond : "Je regarde le reflet de la lune dans un verre d’eau." Le soufi répond : "Si tu n’as pas mal au cou, pourquoi est-ce que tu ne regardes pas la lune directement ?"

Voilà l’histoire !
Cela a une profonde signification : quelque part on ne voit pas les choses directement, on voit le reflet des choses.
A quoi l’appliquer ? Je ne sais pas encore. Avançons...

Freud a dit : "on n’est jamais en colère pour ce qu’on croit", mais pour une cause inconsciente qu’on n’arrive pas à comprendre. Parce que si on était conscient, jamais on se mettrait en colère. Quand on se met en colère, c’est qu’il y a une affaire inconsciente qu’on n’a pas résolue.
De la même façon on ne souffre jamais pour ce qu’on croit. Cela nous amène à l’histoire du reflet.
Les mots sont un reflet imparfait de la réalité.

"Vous avez un enfant superbe", dit une personne à sa mère, et la mère dit : "ça c’est rien, vous devriez le voir en photo !"

La mère trouve que l’enfant est plus beau en photo.
Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.

Un ivrogne va sur un pont, il voit quelque chose qui brille et dit : "qu’est ce c’est que ça ?", on lui dit que c’est la lune, l’ivrogne répond : "mais comment elle est arrivée là ?"

On ne voit presque jamais la réalité, on voit un reflet de la réalité.

Ce sont les blagues qui pourraient introduire mon thème.

Partons de ça : un être humain perd sa jambe dans un accident, il se réveille à l’hôpital et il bouge ses doigts de pied, il bouge sa jambe. Quand quelqu’un perd un membre il continue à le sentir. Il ne voit pas que sa jambe est coupée, il faut qu’il la voit pour savoir qu’elle est coupée.
Cela veut dire que nous avons deux corps, notre corps matériel et notre corps imaginaire. J’ai ma jambe réelle mais j’ai ma jambe imaginaire. Dans la vie courante qu’est ce que je sens ? Mon corps réel ou imaginaire ? Je sens les deux.
J’ai lu un livre qui s’appelle la biologie fantastique, qui disait que dans toute religion il y a une biologie fantastique. Par exemple en Inde il y a les 7 chakras, c’est de la biologie fantastique. Les Chinois ont inventé les méridiens. Cela donne à méditer parce que ça marche.
Quand je vais chez les "chamans" mexicains, ils se sont rendus compte qu’on a un corps imaginaire.
Ce qui est étonnant, quand on arrive à toucher le corps imaginaire, c’est qu’au bout d’un certain temps le corps physique change, et on peut guérir.

Quand j’allais voir la sorcière Pachita, qu’est-ce qu’elle faisait ?
Elle imitait une opération dans le corps réélu ; elle prenait une personne, la couchait, lui mettait un couteau dans le corps, il sortait du sang ; on ne pouvait pas voir clairement car autour elle mettait du coton, et elle mettait un litre d’alcool, donc ça sentait l’alcool, ça sentait la clinique d’hôpital, de plus elle éclairait à la bougie, car elle disait que les organes n’étaient pas habitués à la lumière électrique. Les organes doivent être toujours dans l’obscurité. C’est pas mal ! peut-être que c’est vrai !
Et soudain il y avait du sang qui puait, il y avait des morceaux de chair puants qui sortaient.
D’un flacon elle sortait un coeur, et elle changeait le coeur.
J’ai emmener un Français qui avait eu deux infarctus, elle lui a changé le coeur, quand il est revenu son électrocardiogramme avait changé. Aujourd’hui il est vivant.
Est-ce qu’elle a vraiment changé le coeur ?
Tout était "gore", comme un film d’horreur, quand tu subissais ça tu étais tellement choqué que tu croyais complètement à l’opération, donc tu guérissais, ça rentrais direct dans le corps imaginaire.
En fait elle a changé le corps imaginaire .

Je me suis beaucoup demandé, comment agir sur le corps imaginaire, je suis arrivé à le faire.
Par exemple une personne qui bégayait depuis trente ans, j’ai imité avec les gestes appropriés que je lui changeait la mandibule, pas en faisant une tricherie comme les charlatans, mais en lui disant que j’avais agi sur son corps imaginaire. Il parlait parfaitement bien, ensuite.
En agissant sur le corps imaginaire on peut vraiment produire des changements. Il y a un monde incroyable.

Si vous entrez en transe, en méditation profonde, si vous appelez votre vrai corps, vous verrez qu’à part votre corps imaginaire semblable au corps réel, vous avez un aussi un corps fantastique, parfait. Exactement celui qui correspond à votre être essentiel.
Vous avez un corps que vous pouvez vraiment sentir, comment sont vos vrais pieds, vos vraies jambes, vos hanches.
J’ai un corps d’homme ou de femme ? Je peux avoir les deux si je veux, pourquoi pas deux.
J’ai un corps fantastique, il vient et tout d’un coup tu connais ton corps fantastique. C’est génial.
Moi je n’ai pas de théorie, tout ce que je vous raconte, c’est le produit de l’expérience.

Cette histoire du corps imaginaire : je faisait une pièce qui s’appelle "Lucrèce Borgia" au Mexique, mon actrice principale était partie et je restais avec la compagnie sans savoir quoi faire. Un homme, un petit gros, s’approche de moi et me dit "T’es Jodo ? Bon écoute, je vais faire Lucrèce Borgia"
"Quoi, tu es fou ? "
"Je peux faire un homme, une femme, ce que tu veux"
"Bon je dis d’accord"
Je suis allé le voir au cabaret où il jouait, il était fantastique !! Il jouait l’homme, la femme de manière incroyable, une espèce d’androgyne.
Même chose au Japon avec Marceau : on nous a invité au KABUKI où les hommes sont de grandes actrices. Une vraie merveille !
Ce sont des personnes qui connaissent leur corps fantastique, leur corps mythique et nous on croit qu’on n’est que le corps de chair.
Il faut se créer un corps fantastique.
Le corps imaginaire, semblable au corps réel, c’est un autre mystère parce qu’on peut agir sur lui.

Il faut aussi vraiment se rendre compte qu’on a des pensées imaginaires : on a des pensées d’une part, et de l’autre côté on a des pensées imaginaires, elles ne sont pas réelles, on a des perceptions imaginaires, des auditions imaginaires.
Les sensations on ne les ressent pas comme on doit, on pense de façon imaginaire, on ne pense pas comme on est, on pense avec des "enveloppes", notre pensée est enveloppée dans des limites. Comment vous expliquer. J’ai beaucoup travaillé ce que j’appelle "un art de penser". Je me suis rendu compte que la pensée obéit à des logiques. J’ai appris à penser avec liberté, je ne dis pas intelligemment, je dis avec liberté, j’ai appris à enlever les limites de mon intelligence. Quand je suis avec des personnes qui ont des limites, je perçois ces limites comme des enveloppes, quand je connais mieux la personne, il faut parfois se bagarrer avec ces limites, on est enveloppé dans des pensées qui ne sont pas réelles, ces pensées nous coincent.
Je crois que la dernière école de psychanalyse traite de ça : les idées folles. On est plein d’idées folles. La première voie de la guérison et du changement vital, c’est d’aller à ses idées, et voir quelles sont ces idées et pourquoi je vis dans des idées folles. Je vis enveloppé mentalement.

Même chose avec les sentiments, j’ai des sentiments que je crois avoir, mais je ne les ai pas, ils ne me correspondent pas.
Ce sont peut-être les sentiments de ma mère ou de ma grand-mère qui sont entrain d’agir en moi ; on est possédé comme dans le Vaudou. Ce sont des sentiments qui me sont imposés.

Pour les guérisseurs ça n’existe pas les défauts personnels, ça n’existe pas que tu sois malade, on est possédé par quelque chose, la maladie n’est pas à nous. Les guérisseurs ne te rendent pas la santé, ils t’enlèvent ce qui n’est pas à toi. Ils prennent la maladie, les mauvaises pensées, les sentiments qui ne sont pas à toi.
Et quelque part, c’est vrai...

Il y a même des désirs qui ne sont pas à nous, des besoins qui ne sont pas à nous.
Est-ce que ma maladie est dans mon corps où dans mon corps imaginaire. Il y a une jeune femme qui est venue me voir avec une tumeur à la colonne vertébrale qui lui mange la moelle épinière.
Organiquement, c’est dans le corps réel, mais imaginairement on peut très bien dire qu’elle fait un barrage entre le corps et son mental, pour pouvoir se réfugier dans le mental, elle fait un barrage dans la moelle épinière, c’est le barrage à l’émotionnalité féminine.
Quand une femme ne peut pas assumer son corps ça vient de deux choses : l’horreur qu’a la mère à accoucher, soit l’horreur qu’a le père de la femme. Ce sont deux noyaux qu’elle doit vaincre, comme elle ne peut pas, ça fait une tumeur dans la 7ème vertèbre cervicale.
Que doit on guérir, le corps organique où le corps imaginaire ?
La médecine serait formidable si elle guérissait les deux en même temps. Parce que la tumeur peut être dans le corps imaginaire. Cela passe au corps physique et la maladie se produit.
Si on agit au niveau du corps imaginaire, quand Pachita faisait une opération il fallait attendre six mois, pour attendre que la chose se produise sur ce plan, ce n’est pas instantané le changement.
C’est un changement graduel mais inéluctable.

Va voir quelles sont tes idées folles, quelles sont les idées en toi qui sont toujours mathématiques, toujours les mêmes, qu’est-ce qui est toujours pareil en toi.

Est-ce que je peux ouvrir mes "enveloppes" ?
Qu’est-ce que je répète émotionnellement ?
On répète des situations.
Quels sont les complices de mon défaut que je vais chercher pour ne pas fonctionner ?
Si je suis frigide, pourquoi est-ce que je suis toujours avec des éjaculateurs précoces ?
Ce sont des choses imaginaires qui ne sont pas vraies mais que je répète.
Est-ce que la vie que je mène me correspond où à une névrose sociale du passé ?
Qu’est-ce qui est authentique en moi ?

Cassette enregistrée et prêtée par Denis Patouillard Demoriane
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.